TARDOC : quand l’appât du gain l’emporte sur l’éthique médicale

Certains spécialistes multiplient les rendez-vous

Depuis l’entrée en vigueur de TARDOC et des forfaits ambulatoires le 1er janvier 2026, un malaise apparaît sur le terrain. Ce nouveau système avait notamment pour objectif de mieux valoriser la médecine de premier recours et de corriger certaines surévaluations historiques de certains actes spécialisés. L’OFSP l’a d’ailleurs reconnu : certaines baisses de revenus chez des spécialistes étaient attendues, et elles ne doivent pas être compensées « par d’autres moyens ».

Or c’est précisément ce que certains observateurs redoutent aujourd’hui. La RTS a récemment rapporté que, depuis janvier 2026, certains spécialistes multiplient les rendez-vous ou fractionnent des prises en charge auparavant réalisées en une seule fois. L’OFSP rappelle de son côté que TARDOC ne change pas la manière dont les patients doivent être soignés et qu’un traitement ne doit pas être étalé sur plusieurs jours lorsqu’il peut être réalisé en une seule journée.

Les patients racontent

Même si la grande majorité des patients ne voient pas ces changements de pratiques, certains oui. Deux patients m’ont récemment transmis leur surprise.

Un premier patient, souffrant d’une obstruction des artères dans les jambes, m’a expliqué qu’en 2025, le spécialiste avait, dans le même temps, visualisé le rétrécissement artériel et procédé à sa dilatation. En 2026, pour un problème comparable à l’autre jambe, il a dû se déplacer à deux reprises. Un second patient m’a raconté qu’en 2025 une infiltration articulaire en clinique avait nécessité un seul rendez-vous. Cette année, pour le même geste, il a dû venir quelques jours plus tôt pour voir l’anesthésiste, puis revenir le jour de l’infiltration, où il s’est retrouvé avec une perfusion et un monitoring ECG, comme pour une intervention plus lourde. Troublé, il a demandé à l’orthopédiste si ce changement avait une raison financière. Il n’a pas obtenu de réponse.

Quand le tarif semble passer avant le patient

Pris isolément, de tels récits ne prouvent pas un phénomène massif. Mais ils sont suffisamment concordants avec les signalements déjà évoqués publiquement pour que la question soit posée clairement. Le problème n’est pas qu’économique, il est aussi éthique. Quand un patient doit revenir deux fois au lieu d’une, quand son parcours devient plus lourd sans bénéfice évident, c’est du temps perdu, du stress supplémentaire, parfois des coûts accrus, et surtout le sentiment que l’organisation des soins répond davantage à une logique tarifaire qu’à son intérêt.

Des moutons noirs en blouse blanche

Le droit suisse est pourtant clair. Les prestations doivent se limiter à ce qui est exigé par l’intérêt du patient et le but du traitement. Les médecins ont l’obligation de défendre exclusivement les intérêts de leurs patients, indépendamment d’avantages financiers.

Il ne s’agit pas d’accuser indistinctement tous les spécialistes. Beaucoup exercent avec rigueur et intégrité. Mais précisément pour protéger cette majorité, il faut dénoncer clairement les dérives lorsqu’elles apparaissent.

Sur ce même sujet, écoutez l’interview sur la RTS de Philippe Eggimann, vice-président de la FMH.

 

Jean Gabriel Jeannot, le 29.04.2026

Image. Quand le tarif semble passer avant le patient.