Prix Ig-Nobel: comment faut-il se moucher?

Chaque année en septembre, les prix Ig Nobel distinguent des recherches qui prêtent d’abord à sourire, avant de révéler leur intérêt scientifique. L’édition 2026, qui s’est tenue pour la première fois hors des États-Unis, à Zurich, a récompensé une étude japonaise de sur l’aérodynamique du mouchage. De quoi (re)découvrir un geste médical banal sous un angle inattendu.

Les Ig Nobel, une parodie qui prend la science au sérieux

Clin d’œil aux Prix Nobel, les Prix Ig Nobel récompensent chaque année en septembre dix travaux scientifiques choisis pour leur capacité à « faire rire, puis réfléchir ».

Ce ton décalé ne signifie pas que la science y est moquée. Le propos est plutôt de rappeler qu’une question qui paraît saugrenue au premier abord peut tout à fait déboucher sur une démarche scientifique rigoureuse.

Le palmarès compte d’ailleurs quelques noms prestigieux. André Geim en est l’illustration la plus frappante : il demeure à ce jour le seul chercheur au monde à avoir décroché un Ig Nobel puis un authentique prix Nobel. Distingué en 2000 pour avoir fait léviter une grenouille au moyen d’un champ magnétique intense, il a ensuite reçu le prix Nobel de physique 2010, cette fois pour ses recherches sur le graphène, ce matériau ne comptant qu’une seule couche d’atomes de carbone d’épaisseur.

Une édition 2026 particulière, organisée en Suisse

Après 35 ans à Boston, la cérémonie 2026 a quitté les États-Unis pour la première fois de son histoire. Elle s’est tenue le 3 septembre au Kongresshaus de Zurich, les organisateurs invoquant des difficultés pour leurs invités internationaux à obtenir un visa américain. Dix équipes de recherche y ont reçu leur trophée, une sculpture évoquant à la fois un champignon et un pied humain, des mains de véritables lauréats du prix Nobel.

Le prix de médecine 2026 a été attribué, à titre posthume, au Dr Tokuji Unno, pour ses travaux sur la mécanique du mouchage.

L’étude primée : « Comment se moucher, une étude aérodynamique du mouchage »

Publiée en 1977 dans le bulletin de la Société japonaise d’oto-rhino-laryngologie par Tokuji Unno et Hiroshi Yajima, du service d’ORL du collège médical de Wakayama, cette étude s’est penchée avec un sérieux tout scientifique sur un geste que chacun croit maîtriser depuis l’enfance.

La méthode

Les auteurs ont mesuré, à l’aide de deux pneumotachomètres montés en parallèle, la vitesse, le volume et la durée de l’air expiré lors d’un mouchage, narine par narine puis des deux côtés à la fois. En parallèle, ils ont enregistré les variations de pression dans le conduit auditif externe grâce à un cathéter à ballonnet relié à un capteur de pression.

Ce que montrent les résultats

Le mouchage s’est révélé être un geste respiratoire à part entière, avec des caractéristiques propres :

  • La vitesse expiratoire maximale mesurée en respiration nasale ordinaire atteignait en moyenne 1,87 litre par seconde, contre 1,81 L/s pour un mouchage d’un seul côté.
  • Le volume moyen expiré lors d’un mouchage était de 1,34 litre, pour une durée moyenne de 1,23 seconde.
  • Comparé à la toux ou à l’éternuement, le mouchage s’est révélé plus lent, de volume plus faible et de durée plus longue.
  • Concernant la pression dans le conduit auditif, elle augmentait dans 31 essais sur 60, diminuait dans 7 cas, et restait stable dans 22 cas. Ces variations n’entraînaient toutefois pas, selon les auteurs, d’infection aiguë de l’oreille moyenne.
  • En fermant la narine la plus perméable, la vitesse d’expiration du côté le plus obstrué augmentait nettement, ce qui expliquerait pourquoi on se mouche naturellement une narine à la fois lorsque leur perméabilité diffère.

La conclusion des auteurs

Un mouchage ample et prolongé, couvrant le tiers moyen et le tiers inférieur de la capacité vitale, jouerait un rôle comparable à celui de la toux ou de l’éternuement dans l’élimination des sécrétions des voies respiratoires. Les auteurs en tiraient une recommandation simple : un mouchage franc et complet serait préférable à un mouchage timide et répété pour prévenir les affections des voies respiratoires supérieures et inférieures.

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Jean Gabriel Jeannot, le 09.09.2026

Image. Un mouchage franc et complet serait préférable à un mouchage timide et répété. 

Pas trés sérieux…

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