Tardoc : gagnez-vous plus qu’avec le Tarmed ?
Le Tardoc devait mieux rémunérer les médecins de famille et les pédiatres. Dix mois après son entrée en vigueur, les premières données de facturation suggèrent que l’objectif n’est pas atteint pour la médecine interne générale. Faute de chiffres officiels par spécialité, CabinetMedical.ch lance une enquête auprès des médecins installés.
Un objectif annoncé : rééquilibrer en faveur du premier recours
Le Tarmed, en vigueur depuis 2004, avait tendance à moins bien rémunérer la médecine de premier recours : médecins de famille, pédiatres, psychiatres. Le Tardoc l’a remplacé le 1er janvier 2026, avec les forfaits ambulatoires.
L’intention était explicite. Selon l’OFSP, le nouveau système vise à corriger les prestations surévaluées et à revaloriser celles qui étaient sous-évaluées, notamment en médecine de premier recours. Médecine de famille et pédiatrie disposent désormais d’un chapitre propre (OFSP). Les consultations longues et les activités de coordination sont mieux rémunérées.
Un principe limite toutefois l’exercice : la neutralité des coûts. Le changement de tarif ne doit pas, à lui seul, augmenter la facture globale. Le Tardoc redistribue donc une enveloppe d’environ 13 milliards de francs par an. Ce que gagnent les uns, d’autres doivent le perdre.
Ce que montrent les premières données
Aucune statistique officielle de revenus par spécialité n’a encore été publiée. Deux acteurs ont toutefois communiqué leurs premières analyses en septembre 2026, et elles convergent.
Médecins de famille : pas de revalorisation
Le 3 septembre, l’association Médecins de famille et de l’enfance Suisse (mfe) a dressé un bilan sévère après huit mois. Selon ses données, la médecine interne générale n’a pas été revalorisée. Certains cantons afficheraient même une baisse.
Pédiatres et médecins praticiens : une légère amélioration
Toujours selon mfe, seuls les pédiatres et les médecins praticiens observent une amélioration, qualifiée de modérée. Cette tendance confirme les premiers indices recueillis en début d’année : au mieux une amélioration minime pour les médecins de famille, un peu meilleure pour les pédiatres.
Certaines spécialités dépassent
Les assureurs font le même constat. Le 5 septembre, Saskia Schenker, directrice de prio.swiss, a déclaré ne voir aucune amélioration réelle pour les médecins de premier recours. Elle a cité l’ophtalmologie et la dermatologie parmi les spécialités qui « dépassent ».
Elle avance trois explications possibles : des minutages encore trop élevés dans la structure tarifaire, une augmentation des volumes, ou des schémas de facturation non autorisés. Le fractionnement de traitements sur plusieurs rendez-vous a déjà été documenté par la RTS. Nous y avons consacré un article.
Les limites de ces données
Ces analyses portent sur des volumes facturés à l’échelle nationale, pas sur des revenus. Le revenu d’un cabinet dépend aussi de ses charges, de son organisation et de la valeur du point cantonal. En Suisse romande, celle-ci varie de 84 centimes en Valais à 96 centimes à Genève. mfe et prio.swiss n’ont pas publié de pourcentages par spécialité. Certains chiffres qui circulent en ligne proviennent de sources commerciales sans méthodologie et doivent être lus avec prudence.
Image. Tardoc : gagnez-vous plus qu’avec le Tarmed ? Participez à notre enquête.
Pourquoi la situation peut encore changer
La neutralité des coûts est surveillée au moins jusqu’en 2028. La correction passe par un facteur appelé External Factor, fixé à 1,00 au départ (FMH). Le Conseil fédéral a en outre plafonné à 4 % la hausse annuelle des coûts ambulatoires. Au-delà, les partenaires tarifaires doivent corriger.
C’est là que se joue l’enjeu pour le premier recours. Une baisse linéaire, appliquée à toutes les spécialités, toucherait aussi des médecins de famille qui n’ont rien gagné. mfe la refuse et demande des corrections ciblées : minutages excessifs d’un côté, coûts d’infrastructure et de personnel sous-évalués de l’autre.
Deux autres dossiers sont ouverts :
- Le plafond de points. Il limite la prestation médicale facturée à 1 577 points par jour de travail, en moyenne mensuelle. La FMH estime que plus de 93 % des cabinets ne seraient pas concernés.
- La transparence. Le Conseil des États a adopté une motion de Pierre-Yves Maillard. Elle demande la publication régulière de données par catégorie : généralistes, spécialistes, cabinets de groupe. Le Conseil national doit encore se prononcer.
Comment évaluer l’impact sur votre cabinet
En fin d’année, chaque médecin pourra comparer ses chiffres 2026 à ceux de 2025. Quelques précautions rendent la comparaison plus fiable :
- Comparer des périodes identiques, à nombre de jours travaillés comparable.
- Séparer le chiffre d’affaires LAMal des autres sources (LAA, LAI, assurances complémentaires, expertises).
- Suivre le nombre de consultations et le montant moyen par consultation, pas seulement le total.
- Tenir compte des factures en attente : plusieurs hôpitaux ont connu d’importants retards de facturation en début d’année, et un cabinet peut avoir des factures 2026 encore non encaissées.
- Vérifier l’évolution des charges, qui pèse sur le revenu final indépendamment du tarif.
Pour un rappel des règles du nouveau tarif, consultez notre page Tardoc.
Jean Gabriel Jeannot, le 29.10.26
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Nous publierons les résultats par spécialité sur CabinetMedical.ch et dans notre infolettre. Il ne s’agira pas d’une étude représentative, mais d’un premier aperçu du terrain, en attendant les données officielles. Si vous n’êtes pas encore abonné à l’infolettre de CabinetMedical,ch, c’est l’occasion de le faire, une adresse mail suffit.