Harcèlement sexuel en médecine : voir, nommer, agir

Le harcèlement sexuel au travail ne relève ni du « malaise relationnel », ni d’un simple problème de mœurs : c’est une atteinte à la personnalité, un risque organisationnel et un facteur de désengagement professionnel. En milieu médical, l’asymétrie hiérarchique (formation postgraduée, évaluations, accès aux blocs/rotations) et la culture du « tenir bon » favorisent le silence.

Ce que montrent les données

En Suisse, une enquête anonyme diffusée par l’asmac à l’automne 2025 (n=1837) rapporte que 31,3% des médecins déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail. Les femmes sont environ trois fois plus exposées que les hommes, et près de la moitié des personnes concernées rapportent des épisodes répétés (plusieurs fois par an jusqu’à plusieurs fois par jour). Le phénomène traverse les spécialités (par ex. chirurgie, pédiatrie, médecine interne, psychiatrie, médecine de famille). 

Les études internationales décrivent des ordres de grandeur préoccupants et des « réalités » très différentes selon le genre. Dans une étude observationnelle britannique chez le personnel chirurgical (pondérée sur la population NHS), 63,3% des femmes rapportent avoir été la cible de harcèlement sexuel (contre 23,7% des hommes), 29,9% une agression sexuelle (contre 6,9%) et des cas de viol par un collègue sont rapportés (0,8% des femmes ; 0,1% des hommes). La confiance dans la réponse des organisations est faible, particulièrement chez les femmes. 

Que faire si vous êtes victime ?

  1. Priorité à la sécurité. Si vous craignez une escalade, mettez-vous à l’abri, sollicitez un·e collègue de confiance, et en cas d’agression/viol, consultez en urgence (soins, prophylaxies, constat) et contactez la police.
  2. Documenter sans vous exposer. Notez immédiatement (date/heure/lieu, faits précis, témoins, messages), conservez les preuves (emails, SMS, captures d’écran) et, si possible, faites constater l’impact sur votre santé (médecin traitant, certificats).
  3. Utiliser les canaux internes. Selon la structure : supérieur hiérarchique hors ligne de conflit, RH, commission du personnel, médiation/ombudsman. Demandez une mesure de protection concrète (changement de planning, encadrement, séparation fonctionnelle) et une traçabilité écrite.
  4. Ne pas rester seul·e : appuis externes. L’aide aux victimes (LAVI) conseille gratuitement et confidentiellement dans toute la Suisse et peut orienter vers soutien psychologique et juridique.Vous pouvez aussi solliciter votre association professionnelle/syndicale (p. ex. asmac) et, selon le contexte, un conseil juridique spécialisé.

Et si vous êtes témoin ou cadre ?

Intervenir tôt, nommer les comportements, soutenir la personne visée, et activer les procédures. Les données montrent que l’inaction institutionnelle est fréquente et alimente la récidive. 

Message à retenir : le harcèlement sexuel en médecine est fréquent, transversal, et sous-déclaré. Agir, c’est protéger les personnes, et, accessoirement, garantir la qualité des soins.

Jean Gabriel Jeannot, le 11.03.2026

Sources: Harcèlement sexuel en médecine: résultats d’une étude suisse, journal Asmac, Sexual harassment, sexual assault and rape by colleagues in the surgical workforce, and how women and men are living different realities: observational study using NHS population-derived weights. BJS 110(11):1518-1526.

Messages à retenir

  1. Le harcèlement sexuel en milieu médical est fréquent, en Suisse comme à l’international, et touche particulièrement les femmes.
  2. La hiérarchie et la dépendance (formation, évaluations, accès aux rotations/blocs) favorisent le silence et la répétition des faits.
  3. En cas de harcèlement, la priorité est la sécurité, puis la documentation précise (dates, faits, témoins, preuves).
  4. Ne pas rester seul·e : mobiliser rapidement les canaux internes (RH, référent·e, médiation) et des soutiens externes (asmac, LAVI, conseil juridique).
  5. Les institutions et les cadres ont une responsabilité directe : protéger, traiter rapidement les signalements et prévenir la récidive.

Image. Le harcèlement sexuel en médecine est fréquent, transversal, et sous-déclaré.