Quand la consultation s’écrit toute seule : les outils qui transforment l’échange médecin–patient en résumé structuré

Rédiger le compte rendu d’une consultation fait partie du quotidien de tout médecin. Mais c’est aussi l’une des tâches les plus chronophages : reformuler l’entretien, structurer les informations cliniques, documenter l’anamnèse, consigner les explications données et les décisions prises… autant d’étapes indispensables, mais qui prennent du temps. Depuis quelques mois, de nouveaux outils promettent de transformer ce processus : il suffit d’enregistrer l’échange entre le médecin et son patient et le logiciel génère automatiquement un résumé complet, structuré et personnalisable de la consultation. Cette technologie s’intègre progressivement dans les cabinets médicaux et pourrait bien devenir un standard dans les prochaines années. Elle répond à un besoin clair : documenter efficacement en allégeant la charge administrative.

Redonner du temps aux praticiens

L’intérêt de ces systèmes dépasse la seule commodité. Des études récentes montrent que la surcharge administrative est l’un des facteurs majeurs du burnout chez les médecins. Une enquête publiée sur Medinside rappelle que les solutions d’intelligence artificielle dédiées à la documentation clinique pourraient contribuer à réduire cette pression et à redonner du temps médical réel aux praticiens. Les praticiens interrogés soulignent qu’ils passent parfois plus de temps à écrire qu’à examiner leurs patients, un déséquilibre que ces outils pourraient corriger de manière significative.

Notre test

Pour illustrer concrètement ce que ces outils sont capables de produire, nous présenterons deux exemples issus de tests réalisés avec des consultations fictives. Les deux consultations sont très proches mais pour le premier test, les réponses de la patiente sont précises, pour le deuxième, elle donne des détails peu utiles et fait de nombreuses digressions !  (lisez en particulier le rest 2 – Anamnèse « compliquée avec nombreuses digressions de la patiente », toutes les informations inutiles sont en rouge).

La solution utilisée pour notre test est Voicepoint Xenon Fusion, cet outil utilise un grand modèle de langage (LLM) spécifique du secteur de la santé. Il est entrainé avec des données suisses et comprend plusieurs langues, dont le français, l’allemand, l’italien, l’anglais et les dialectes suisses. Vous pourrez donc sans problème utiliser cet outil pour vos consultations en Schwizerdütsch !

Test 1 - Anamnèse "normale"

Médecin : Bonjour Madame, installez-vous. Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui ?

Patiente : Bonjour docteur. Cela fait maintenant une dizaine de jours que j’ai une toux qui ne s’arrête pas. Elle est assez fréquente et j’ai des crachats tous les jours, ce qui commence à m’inquiéter.

Médecin : Je comprends. Pouvez-vous me décrire un peu ces expectorations ? Ont-elles une couleur particulière ?

Patiente : La plupart du temps elles sont claires, mais le matin elles sont franchement jaunâtres et un peu épaisses.

Médecin : Avez-vous remarqué si vous aviez de la fièvre au cours de ces derniers jours ?

Patiente : Oui, légèrement. Hier soir, par exemple, j’avais 37,4 °C, donc un peu au-dessus de ma température habituelle, mais jamais très haut.

Médecin : Est-ce que vous ressentez des douleurs dans la poitrine, un essoufflement ou une oppression particulière ?

Patiente : Non, pas vraiment. Je n’ai pas de difficultés respiratoires, mais ma gorge est irritée à force de tousser et ça finit par me fatiguer.

Médecin : Avez-vous déjà eu une toux qui persiste aussi longtemps par le passé ?

Patiente : Non, pas à ce point. D’habitude, quand j’ai un rhume ou une petite bronchite, ça passe en quelques jours, mais là, ça s’installe vraiment.

Médecin : Avez-vous des traitements au long cours ou des antécédents médicaux que je dois connaître ?

Patiente : Non, je suis en bonne santé en général. Le seul problème récurrent, ce sont des infections urinaires que j’ai eues plusieurs fois, mais sinon rien de particulier.

Médecin : Très bien. Avez-vous déjà présenté des allergies à certains médicaments ou à autre chose ?

Patiente : Non, je n’ai jamais eu d’allergie connue.

Médecin : D’accord. Y a-t-il eu des personnes malades autour de vous récemment, dans votre entourage ?

Patiente : Pas vraiment. Je travaille surtout depuis la maison, donc je vois peu de monde. Mon chat est malade, mais ce n’est pas contagieux : il a un diabète et je dois lui faire des injections d’insuline régulièrement.

Médecin : Très bien. Je vais vous examiner : actuellement, vous n’avez pas de fièvre, votre tension artérielle est à 120 sur 80 millimètres de mercure et votre fréquence cardiaque est régulière à 72 battements par minute. À l’auscultation, les bruits pulmonaires sont physiologiques, l’auscultation bronchique est sans particularité, mais on entend tout de même des râles à la toux.

Compte tenu de votre tableau, il s’agit très probablement d’une bronchite virale, qui ne nécessite pas d’antibiotiques. Je vous recommande du repos, et je peux vous délivrer un certificat d’incapacité de travail pour trois jours. Il est important de bien vous hydrater. En cas de fièvre ou de douleurs, vous pouvez prendre du paracétamol, 1 gramme, jusqu’à quatre fois par 24 heures. Enfin, si la toux devient trop gênante, un sirop antitussif pourra vous soulager.

Patiente : Merci docteur, c’est clair. Le certificat me sera très utile et je suivrai vos recommandations.

Test 2 - Anamnèse "compliquée" avec nombreuses digressions de la patiente"

Médecin : Bonjour Madame, prenez place. Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui ?

Patiente : Bonjour docteur. Eh bien, depuis une dizaine de jours j’ai une toux persistante, avec beaucoup de crachats. C’est assez gênant, surtout le matin. Et d’ailleurs, je dors mal parce que je tousse la nuit.

Médecin : Je comprends. Pouvez-vous me décrire un peu ces expectorations ? Ont-elles une couleur particulière ?

Patiente : Oui, elles sont claires la plupart du temps, mais parfois jaunâtres. J’ai même eu l’impression qu’elles étaient un peu plus épaisses depuis que je bois moins de thé vert… ah oui, parce que d’habitude j’en bois tous les matins, mais la semaine dernière je n’en avais plus à la maison.

Médecin : Est-ce que vous avez eu de la fièvre pendant ces épisodes de toux ?

Patiente : Pas vraiment de grosse fièvre. Hier soir j’ai pris ma température : 37,4 °C. Mais bon, je me suis aussi couchée plus tard que d’habitude parce que je regardais une série, alors je ne sais pas si ça joue.

Médecin : D’accord. Avez-vous ressenti des douleurs thoraciques ou une gêne respiratoire particulière ?

Patiente : Non, pas de douleur dans la poitrine. Je sens juste ma gorge irritée. Mais en fait, ça me rappelle un peu quand j’étais adolescente et que je faisais du théâtre, parce que j’avais aussi la gorge sèche après les répétitions.

Médecin : Est-ce que vous avez déjà eu une toux qui dure aussi longtemps auparavant ?

Patiente : Non, jamais. Quand j’ai un rhume, ça passe assez vite. Bon, sauf une fois, il y a deux ans, où j’ai eu une bronchite… mais c’était en hiver et en plus j’étais stressée au travail, ce qui n’arrangeait rien.

Médecin : Très bien. Est-ce que vous avez des antécédents médicaux dont je devrais tenir compte ?

Patiente : Je suis en bonne santé la plupart du temps. À part mes infections urinaires répétées, rien d’important. Ah, et je ne sais pas si c’est utile de le dire, mais j’ai eu la varicelle à l’âge de 8 ans.

Médecin : Merci. Avez-vous des allergies connues, par exemple aux médicaments ?

Patiente : Non, aucune allergie. Mais j’avoue que je n’aime pas trop prendre de médicaments en général, sauf si c’est vraiment nécessaire. Je préfère les tisanes ou le miel, comme le faisait ma grand-mère.

Médecin : Avez-vous été en contact avec des personnes malades récemment ?

Patiente : Pas à ma connaissance. Je travaille depuis la maison, je sors peu. La seule chose, c’est mon chat, mais lui il n’a pas de toux : il est diabétique, je dois lui faire ses piqûres d’insuline. Et au fait, je me demandais si ça pouvait influencer mon état, le fait de manipuler de l’insuline pour lui ?

Médecin : Non, rassurez-vous, cela n’a aucun lien. Juste pour être sûr : c’est bien votre chat qui est diabétique et pas vous ?

Patiente : Oui, bien sûr, c’est mon chat ! Moi je n’ai jamais eu de problème de ce côté-là. Par contre, ça me prend du temps tous les jours, et je me demande si le stress pourrait jouer un rôle dans ma toux.

Médecin : Merci pour toutes ces précisions. Je vais vous examiner. Actuellement, vous n’avez pas de fièvre. Votre tension artérielle est de 120 sur 80, votre fréquence cardiaque est régulière à 72 par minute. L’auscultation pulmonaire est normale, l’auscultation bronchique ne montre rien de particulier, mais il y a des râles lors de la toux. Il s’agit très probablement d’une bronchite virale, qui ne nécessite pas d’antibiotiques. Je vous conseille du repos, je vous ferai un certificat d’incapacité de travail pour trois jours, il faut bien vous hydrater. Si vous avez de la fièvre ou des douleurs, prenez du paracétamol 1 g, jusqu’à quatre fois par jour. Et si la toux devient trop gênante, un sirop antitussif pourra vous aider.

Patiente : Merci docteur, c’est noté. Je vais essayer de lever le pied, même si je dois encore aller acheter de la nourriture pour mon chat ce soir.

Compte rendu de la consultation avec Xenon Fusion

Subjectif

La patiente se plaint d’une toux gênante, surtout le matin, qui l’empêche de dormir bien. Elle décrit ses expectorations comme claires la plupart du temps, mais parfois jaunâtres, et un peu plus épaisses depuis qu’elle boit moins de thé. Elle n’a pas de fièvre, mais a ressenti une légère élévation de température hier soir, avec 37,4 degrés. Elle ne présente pas de douleurs thoraciques, mais ressent une irritation de la gorge. Elle a déjà eu des infections urinaires répétées et a eu la varicelle à l’âge de 8 ans. Elle n’a pas d’allergies connues, mais préfère éviter les médicaments et opte pour des remèdes naturels comme les tisanes ou le miel.

Objectif

Examen physique : la tension artérielle est de 120 sur 80, la fréquence cardiaque est régulière à 72 par minute, l’auscultation pulmonaire est normale, mais il y a des râles lors de la toux.

Évaluation

Probablement une bronchite virale, sans nécessité d’antibiotiques, avec des symptômes de toux et d’irritation de la gorge, mais sans fièvre ni douleurs thoraciques.

Plan

Repos. Hydratation. Certificat d’incapacité de travail pour trois jours. Paracétamol 1 gramme, jusqu’à 4 fois par jour en cas de fièvre ou de douleurs. Sirop antitussif si la toux devient trop gênante.

On voit donc que le logiciel réussit à écarter toutes les informations inutiles pour ne retenir que les informations importantes.

Pourquoi cette évolution est importante pour les médecins

Au-delà de l’effet “nouvelle technologie”, ces outils s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la manière d’accompagner les médecins dans leur charge administrative. Les éléments suivants ressortent des premiers retours des utilisateurs :

  • Moins de temps consacré à la saisie : les comptes rendus peuvent être finalisés immédiatement après la consultation.
  • Une meilleure concentration pendant l’entretien : le médecin n’a pas besoin d’interrompre son attention pour prendre des notes.
  • Une documentation plus homogène : même les consultations complexes deviennent plus faciles à résumer.
  • Une aide précieuse pour les cabinets avec plusieurs médecins : les dossiers sont plus lisibles et plus standardisés.
  • Une opportunité pour améliorer la relation médecin–patient : moins de temps devant l’écran, plus de temps dans l’échange.

Cette technologie ne remplace pas l’expertise du clinicien ; elle la prolonge en facilitant le travail invisible, souvent lourd, effectué en coulisses.

Jean Gabriel Jeannot, le 04.02.2026

Messages à retenir

  • Les outils capables de résumer automatiquement une consultation représentent une avancée concrète pour réduire la charge administrative des médecins.
  • En enregistrant simplement l’échange médecin–patient, ils génèrent une synthèse structurée et personnalisable, directement intégrable dans le dossier médical.
  • Des solutions comme Voicepoint Xenon Fusion montrent que cette technologie est désormais mûre pour une utilisation en cabinet.
  • Plusieurs études suggèrent que ces assistants peuvent contribuer à diminuer la surcharge bureaucratique, un facteur clé du burnout des professionnels de santé.
  • Ces systèmes ne remplacent pas le jugement clinique : ils offrent un soutien permettant de gagner du temps, de mieux documenter et de se concentrer davantage sur la relation avec le patient.

Image. Donner plus de place à la relation médecin – patient.