Un rapport médical de qualité, c’est quoi ?
La communication entre professionnels de la santé, entre médecins en particulier, est un élément essentiel de la prise en charge de nos patients. Les pratiques restent pourtant très hétérogènes. Parfois, aucun courrier n’est envoyé. D’autres fois, il parvient des semaines, voire des mois après la consultation ou la sortie de l’hôpital. Lorsqu’il est envoyé, il peut se limiter à quelques mots, ou alors être si long que l’on s’y perd.
Ce sujet a-t-il été étudié ? La qualité des courriers médicaux influence-t-elle la prise en charge ? Existe-t-il des recommandations pour rédiger des rapports de qualité ?
Un sujet documenté depuis cinquante ans
Les premières critiques de la lettre de sortie remontent aux années 1970. La référence reste la revue systématique de Kripalani et collaborateurs, parue dans JAMA en 2007. Les résultats des examens réalisés durant le séjour manquaient dans 33 à 63% des lettres, et ceux encore en attente au moment de la sortie dans 65% des documents. La lettre n’était disponible que dans 12 à 34% des cas lors de la première consultation suivant l’hospitalisation.
Les données suisses sont rares, mais convergentes. Le Service de médecine interne du CHUV rapportait en 2018 dans la Revue Médicale Suisse qu’entre 2015 et 2017, environ un tiers seulement des lettres partaient dans les huit jours, alors que l’objectif interne du service était de 48 heures.
Quatre défauts récurrents
Le rapport qui n’arrive pas. C’est le plus problématique, car le destinataire ignore souvent qu’une information lui manque. Dans une enquête française, 76% des psychiatres déclaraient avoir écrit au moins un courrier après la première consultation, mais seuls 25% des généralistes déclaraient en avoir reçu un.
Le rapport qui arrive trop tard. La littérature situe le délai souhaitable entre un et sept jours. Le NHS britannique retient la transmission en 24 heures comme critère de qualité hospitalière, assorti de sanctions financières possibles.
Le rapport trop bref. Un exemple que m’a raconté un gastroentérologue : il reçoit parfois des demandes de coloscopie sur un bout de papier avec uniquement le nom du patient et le mot « coloscopie ». C’est donc à lui de faire l’anamnèse.
Le rapport trop long. Le défaut est en partie structurel : l’histoire médicale complète, jugée peu utile par les généralistes, reste nécessaire à la facturation SwissDRG. Une enquête auprès des médecins installés vaudois a montré qu’ils ne lisaient que sept des quatorze points du canevas du CHUV dans plus de la moitié des cas, les deux tiers des lectures partielles s’expliquant par la mauvaise qualité du document.
Ce que cela coûte
L’absence de lettre affecte la qualité de la prise en charge dans environ un quart des consultations de suivi. Le lien avec des réhospitalisations reste suggéré plutôt que démontré. En revanche, 20% des patients subissent un événement indésirable durant la période suivant le retour à domicile, dont deux tiers sont médicamenteux et souvent évitables. Les changements de traitement non transmis figurent au premier rang des causes.
Ce que devrait contenir une bonne lettre
Le consensus américain sur les transitions de soins, repris par les auteurs lausannois, donne quelques pistes: diagnostic principal et liste des problèmes, plan diagnostique et thérapeutique, résultats validés et résultats en attente, examen clinique de sortie, médication, suivi prévu, et un contact joignable en cas de problème.
Deux rubriques manquent régulièrement alors qu’elles conditionnent la sécurité du patient : les examens dont le résultat n’est pas encore disponible, et la justification des changements de traitement. Pour le courrier d’adressage, trois éléments sont non négociables : la question posée, le contexte clinique qui la motive, et le traitement en cours.
Le cadre suisse
L’art. 29 du Code de déontologie de la FMH prévoit que le médecin adressant un patient transmette les informations nécessaires, si possible par écrit, et que le médecin hospitalier fasse parvenir un rapport de sortie dans les plus brefs délais. Aucun délai chiffré n’est fixé.
Les améliorations sont possibles et rapides. En combinant format simplifié, anticipation des sorties en colloque, délégation administrative et formation des médecins en formation, le service lausannois est passé d’environ un tiers de lettres envoyées dans les huit jours à plus de 80% au dernier trimestre 2018.
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Jean Gabriel Jeannot, le 02.09.2026
Image. Courriers, rapports et lettres de sortie: un potentiel certain d’amélioration.